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Les goémoniers de Kerlouan


Attestée avant 1800, l'activité goémonière du Pays Pagan a été décrite par Louis Elegoet dans son livre « Le Pays Pagan du XVIème  au XVIIIème siècle » :


« ….Dès la 2ème moitié du 18ème siècle on sait que l'on peut tirer de la soude(1) mais cette extraction ne se fait pas encore dans le Léon. On récolte 2 sortes de goémon. Le goémon d'épave est apporté par le flux et le goémon de rive appelé : bezhin falz vihan « goémon de faucille » ou encore bezhin du « goémon noir » c'est à dire du fucus. C'est surtout à la suite de coups de vent ou en avril-mai, lorsque les frondes des laminaires se renouvellent et se détachent des stipes que le goémon d'épave se dépose sur la grève. La récolte de ces algues est libre et permise à tous. Quant au goémon de rives, il désigne l'ensemble des algues qui croissent sur les rochers et que la mer découvre à marée basse devenant ainsi accessibles à pied sec. Sa récolte est réglementée et n'est du reste permise qu'aux habitants des paroisses riveraines ; chaque année le corps politique (appelé aussi fabrique) de chaque paroisse fixe les dates extrêmes de coupe. En gros celle-ci est autorisée de la Saint Marc (25 avril) et la Saint Goulven ( 1er juillet ). Une fois coupé, le goémon de rive est transporté jusqu'à la dune voisine ; on le place sur les civières, des charrettes ou rarement dans des barques. Il peut aussi être acheminé sous la forme de dromes..... »

(1) : l'appellation "soude" désigne en fait le carbonate de sodium ou soude douce (Na2 Co3) issu du brûlage du goémon (NDLR)

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Sur la commune, le goémon pouvait servir :

  • chez les plus pauvres de moyen de chauffage,
  • de monnaie d'échange pour du bois de chauffage qui n'existait pas en bordure de mer sur la commune de Kerlouan,
  • surtout de fumure des sols pour les agriculteurs de la commune et/ou des communes avoisinantes.
  • À partir du XIXème siècle, le brûlage du goémon se généralise dans les fours à goémon (Cf. page précédente).
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De la mémoire d'un des derniers goémoniers de Kerlouan, Etienne Legoff, l'activité des goémoniers sur la côte de Kerlouan était rythmée par les différents cycles naturels des espèces récoltées. Ainsi la saison commençait en mars, par le ramassage du goémon d'épave jusqu'en avril. Puis commençait la cueillette des laminaires aux marées basses en bateau jusqu'à fin septembre.
le brûlage du goémon commençait à la Saint Jean. Le démarrage du brûlage dépendait des premières marées de mai. Il fallait attendre d'avoir une quantité suffisante de goémon sec pour alimenter une journée de brûlage, environ 5 à 7 tonnes.

De septembre à la fin de l'année, reprennait le ramassage du goémon d'épave et les travaux ruraux.


Un bateau venait chercher les pains de soude à Pors Gwen à la pointe de Neiz Vran. Il était guidé par 2 balises en mer, l'une « Pill Plat » au nord d' Enez aman ar rouz et l'autre « Pill an Toulhiet » plus à l'ouest.

Il y avait 2 dépôts de pains de soude, l'un à « beg an usin » à Pors Gwen et l'autre « baraken zu » situé à Mentoul sur la route du bourg.

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Récolte et séchage à partir d'avril, brûlage à partir de la Saint Jean jusqu'en septembre. Le brûlage commençait au lever du jour pour s'arrêter à la nuit. ( Environ 8 tonnes de goémon brut pour 1,2 tonne de pains de soude )

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Le goémon d'épave déposé la veille était partagé entre les personnes présentes y compris femmes et enfants. Ce partage ne pouvait débuter qu'à l'extinction des phares sous le contrôle du garde pêche de la zone.

Les zones de cueillette en mer du goémon étaient attribuées tous les 4 ans. Un jour précis de l'année, le partage se faisait entre les propriétaires fonciers dans la commune au cours d'une réunion sur la grève. Certains lots qui n'étaient pas accessibles par les charrettes étaient d'une surface plus grande. Accessibles qu'en bateau, le goémon était ramené à la côte sous forme de drome tiré par le bateau à 4 rameurs.

La drome était constituée d'un tressage de 8 cordes disposées perpendiculairement dans lequel on chargeait le goémon. Les 8 cordes attachées ensemble faisaient un ballot de 8 à 12 tonnes de goémon. À mi-marée la drome commençait à flotter. Elle était tractée à la rame par le bateau jusqu'à la côte. Elle était amarrée jusqu'à son échouage en tout début de marée descendante puis le goémon était chargé dans les charrettes jusqu'à la dune où elles étaient déchargées pour le séchage.

Jusqu'aux années 50-60, les cordages étaient réalisés en souchet de la famille des carex. Le souchet était roui cardé et tressé pour faire un cordage d'une durée de vie de 3 à 4 mois dans l'eau de mer.

Les agriculteurs goémoniers du pays Pagan étaient des inscrits maritime au rôle d'équipage. Cette inscription coûtait chère mais offrait un régime de retraite intéressant.

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Après sèchage, le goémon était mis en tas sur la dune : les mulons de goémon. Ils y avait des mulons ronds ou rectangulaires. Le mulon rond était le volume standard de vente. Le mulon rectangulaire était réservé à un usage personnel.

Vers la mi-juillet, dès que des terres étaient disponibles, les légumiers du nord finistère venaient acheter la production de chaque goémonier, pour amender les sols.

Les mulons invendus devaient être recouverts pour être conservés. Cette protection était réalisée de mottes d'herbe de dune " tanvarc'h " posées à l'envers.



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Le transport du goémon, pour le brûlage notamment, était réalisé avec une civière, ar c'hravazh ou gravez daou bennou (brouette à 2 bouts)...









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